|
La technologie pour préserver la « température dirigée ! »
« La température dirigée » des marchandises agroalimentaires et du froid, est une des activités de la logistique. Sa distribution reste sensible face à une gestion de la chaîne du froid qui doit répondre aux exigences réglementaires contraignantes de l’Union Européenne. Les acteurs de la chaîne s’imposent un dispositif total (traçabilité, entreposage, transport...) fiable et recourent de plus en plus aux nouvelles technologies pour améliorer leur efficacité.
Les surgelés : un marché de 113 milliards d’euros en 2004...
En 20 ans, le marché de la « température dirigée » s’est structuré au rythme des prestataires logistiques. Le transporteur du froid est devenu incontournable et un maillon essentiel de la logistique. Les spécialistes du froid (de - 25° à + 15°) ont équipé peu à peu leur chaîne logistique par la mise en place de dispositifs et l’évolution de leur traçabilité.
Parallèlement, la température a été dirigée vers les productions alimentaires pour des raisons de conservation, de santé, et de facilité de manipulation. Ensuite, le marché s’est vite élargit aux produits pharmaceutiques, cosmétiques et mêmes aux fleurs.
Un marché que se partage les ténors du transport...
STEF-TFE, spécialiste et leader européen réalise 1,5 milliard d’euros et vient de compléter son réseau d’entrepôt fin 2005 avec le rachat de Cryologistic (ex-Frigoscandia). TFE dispose des moyens les plus importants du marché avec 54 plate-formes sous température dirigée dans les zones de production, de distribution et de consommation et compte plus de 10 000 destinataires/jour. Sa filiale Agrostar intervient sur l’ensemble du territoire français et européen avec des agences basées à Lorient, Lyon, Montpellier, Paris et Vannes.
Ses « places de marché » LOGIFRESH et LOGIREST, lui permettent d’assurer l’approvisionnement centralisé sur les plates-formes en "flux tendus" vente, grâce à sa logistique intégrée via son module de synchronisation des flux « Agrostar WMS ».
On y trouve aussi Nexia, le numéro 2 du transport frigorifique en France qui a dernièrement réalisé l’acquisition de Frimaco numéro 2 du stockage et de la distribution en froid négatif.
Avec un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros et 2100 salariés pour 29 sites, Nexia réalise 10% de son chiffre d’affaires dans le froid négatif. Frimaco réalise quant à lui 15 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Du côté de la distribution, on trouve des revendeurs spécialistes « surgelés grand public » comme le réseau de vente de proximité Picard qui compte 570 magasins en France, 45 en Italie pour un chiffre d’affaires de 819 millions d’euros en 2005.
Tourpagel, le leader de la livraison à domicile de produits alimentaires a lui réalisé un chiffre d′affaires de 379,9 M€, fin 2005.
Mais surtout, on retrouve le groupe Pomona qui pèse 2027,3 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploi 7026 personnes et distribue 1 500 références de produits frais et surgelés (viande fraîche, volaille fraîche, charcuterie, produits laitiers) auprès d’une clientèle de professionnels de la restauration.
Le secteur du froid, strictement encadré par l’Union Européenne...
Mais sur ce marché, le bouleversement vient du renforcement progressif des réglementations dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire, des mesures qui ont amené les entreprises à adopter des solutions fortement sécurisées afin de maîtriser les risques liés aux ruptures de la chaîne du froid.
Le principe “de la ferme à la table” est régi par la directive générale 93/43/CEE du Conseil européen du 14 juin 1993 relative à l’hygiène des denrées alimentaires et ses 16 autres directives portant sur les moyens de transport et les locaux d’entreposage et de stockage des aliments surgelés destinés à la consommation humaine...
Les règlements sont plutôt applicables à toutes les denrées alimentaires et à tous les opérateurs de la chaîne alimentaire, y compris ceux de la production primaire comme les exploitations agricoles et celles de la pêche.
Les denrées alimentaires, les produits biologiques, la surveillance des températures devenues très règlementées imposent aux acteurs de la chaîne logistique (du producteur jusqu’au distributeur) la mise en place de dispositions pour répondre à une mise en application uniforme.
Le respect de la « chaîne du froid » a été intégré à des dispositifs de traçabilité des frigoristes comme des transporteurs pour proposer une offre globale et des garanties sûres à leurs distributeurs. Un phénomène qui s’est amplifié petit à petit dans un contexte de scandales alimentaires (OGM, Vache folle, tremblante du mouton, grippe aviaire, etc.)
Les professionnels du transport et de la logistique du secteur de la « température dirigée » ont alors opté pour des solutions qui leur permettent de garantir la traçabilité de leur marchandise et le respect de leur conditionnement, tout au long du transport comme pendant l’entreposage.
Les meilleures solutions sont celles de l’apport des nouvelles technologies, des moyens de l’informatique embarquée, des capteurs de température ou encore des nouveaux systèmes d’emballages de préservation des températures. De leur côté, les acteurs de la distribution, cherchent à rassurer et regagner la confiance de leurs « clients - consommateur finaux. » Les crises alimentaires ont ainsi favorisé l’équipement des transporteurs du marché de la « température dirigée » à équiper leurs moyens d’acheminement. Aujourd’hui, les modes d’acheminement se font principalement par voie routière (camion), et les marchandises sont également importées par voie maritime, fluviale ou même aérienne.
Des technologies d’emballages très performantes...
Pour répondre à ses paramètres du transport (temps, mode de transport...), les fournisseurs de la chaîne du froid proposent souvent une gamme de boîtes et d’emballages réfrigérants, conçues sur-mesure pour les clients. L’emballage fabriqué est ainsi adapté aux caractéristiques du produit (type, température, taille).
Pour les transporteurs internationaux et expressistes - eux proposent, à l’instar de DHL, des solutions globales de transport express avec Thermobox® pour des envois à température dirigée.
Il s’agit, d’un système d’emballages isothermes permettant le transport de produits réfrigérés sans rupture de la chaîne du froid.
Entreposage et transport...
En matière d’entreposage, ce sont essentiellement les produits alimentaires qui sont les plus sensibles. Dans ce domaine, les entrepôts logistiques spécialisés s’équipent d’ateliers de conditionnement et de préréfrigération. De plus en plus, les logisticiens installent des systèmes de stockage à accès direct au lieu du stockage de masse dans les entrepôts.
En matière de transport, la tendance majeure consiste à utiliser des véhicules permettant de transporter soit des produits réfrigérés, soit des produits surgelés. Autre possibilité celle de l’utilisation de véhicules multicompartiments et multitempératures munis de cloisons fixes ou mobiles. Avec des aménagements intérieurs pour maintenir les températures.
Des contraintes qui profitent aux constructeurs spécialisés qui testent plusieurs modes d’aménagement des véhicules qui portent sur l’impact du conditionnement sur les produits. La disposition et l’arrimage des palettes (espaceurs sur les côtés pour une libre circulation de l’air) vient intégrer la conception des véhicules de transport destinés au froid.
D’autres transporteurs vont jusqu’à munir les véhicules de distribution de petits portillons et de rideaux à lanières plastiques, afin de limiter les déperditions de froid lors des ouvertures fréquentes.
La traçabilité et technologie : des éléments clefs...
Les étiquettes RFID (Radio frequency identification) sont essentielles à la traçabilité des produits alimentaires. Si elles ne s’attachent pas particulièrement à la chaîne du froid, les étiquettes RFID permettent néanmoins un meilleur suivi des produits au cours de leur transport. Couplée à des systèmes de contrôle de température, elles permettent également de mieux déterminer les « ruptures » dans la chaîne du froid. Ainsi, des mesures de températures, dates et heures peuvent être collectées, puis transmises à l’entrepôt et au client au moyen de la RFID, grâce à un logiciel d’ERP (Planification des Ressources de l’Entreprise) du client.
Les projets les plus ambitieux, et les plus avancés concernent la grande distribution. Des projets qui s’inscrivent dans le cadre d’une meilleure traçabilité de leur chaîne logistique.
A titre d’exemple Wal Mart, a demandé à ses cent premiers fournisseurs d’identifier par tags RFID leurs palettes et leurs colis.
Autre cap à franchir, l’ensemble de la chaîne logistique doit s’équiper d’équipements de lecture/écriture. Reste que le défi le plus important repose dans l’intégration d’un volume de données considérable : une étiquette RFID peut en contenir jusqu’à 32 Ko.
Les technologies les plus efficaces, sont les capteurs intelligents de température ou de sécurité -qui transfèrent l’information en temps réel - particulièrement bien adaptés aux problèmes de transport frigorifique. Les changements de température sont alors enregistrés et indiqués à chaque limite dépassée. Placé sur une denrée périssable, les capteurs intelligents fournissent l’historique de la chaîne du froid, pendant le transport et jusqu’au site d’entreposage ou de vente. La méthode de conduite HACCP, (Hazard Analysis Critical Control Points) est elle utilisée dans le but d’identifier au sein de l’entreprise les problèmes d’hygiène possibles, comme moyen de prévention et de contrôle de produits - pour éviter les risques d’altération physique ou chimique.
Dans la chaîne logistique de la température dirigée les technologies sont la garantie d’un service répondant aux exigences réglementaires, d’une part, et aux attentes des consommateurs finaux, d’autre part - reste que les investissements sont encore lourds et tous les acteurs n’y voient pas toujours un intérêt commun.
Un marché, sur lequel le centre d’intérêt des spécialistes passe également par des mouvements d’acquisitions pour assurer leur stratégie de développement à l’international.
Cyrille GESLIN
Le 19/04/2006
|